Le baril de Brent évolue depuis le début du mois de septembre autour de la barre symbolique des 100 dollars, avec des pointes nettement au-dessus, jusqu'à 108 dollars en séance, sur fond de nouvelles attaques dans le détroit d'Ormuz et de perturbations sur des infrastructures pétrolières saoudiennes. C'est la première fois depuis l'été 2022 que le brut s'installe durablement à ces niveaux, et l'accalmie estivale qui avait laissé espérer un reflux appartient désormais au passé.
À la pompe : des records historiques
La conséquence est immédiate pour les automobilistes. Au 24 septembre, le prix moyen national du gazole atteignait 2,403 euros le litre, après avoir battu le 20 septembre son record de 2022. Le SP95-E10, le carburant le plus vendu, s'affiche à 2,167 euros, et le SP98 à 2,270 euros. Le gazole a pris environ 16 centimes en trente jours.
Deux éléments aggravent le phénomène. D'abord, le brut n'explique pas à lui seul la flambée : les marges de raffinage se sont envolées, la Banque centrale européenne estimant que leur contribution au prix du gazole est passée d'environ 10 centimes par litre en février à 35 centimes cet été. Quand brut et raffinage montent ensemble, l'effet à la pompe est démultiplié. Ensuite, l'approvisionnement lui-même devient un sujet : 16% des stations françaises ont connu des difficultés d'approvisionnement, notamment dans les enseignes qui plafonnent leurs prix. Le plafonnement à 1,99 euro pour l'essence et 2,25 euros pour le gazole chez TotalEnergies protège le consommateur, mais s'accompagne de ruptures de stock régulières.
Le gouvernement, lui, écarte pour l'instant toute baisse des taxes, qui pèsent pourtant entre 44% et 50% du prix payé, au profit d'aides ciblées.
En Bourse : un secteur gagnant, une économie qui trinque
Ce niveau de prix redessine la hiérarchie des valeurs. Les pétrolières profitent mécaniquement de cours élevés, comme l'ont confirmé leurs résultats semestriels record cet été, avec des bénéfices qui seront en partie distribués aux actionnaires et en partie réinvestis. Les parapétrolières, qui attendent l'apaisement pour voir se débloquer les grands projets d'investissement, restent dans les starting-blocks.
À l'inverse, un baril à 100 dollars alimente l'inflation, ce qui pousse les taux longs à la hausse et pèse sur les valorisations de l'ensemble de la cote. C'est l'un des maillons de la chaîne qui relie aujourd'hui pétrole, inflation, krach obligataire et repli des indices.
Ce qu'il faut retenir
Tant que le détroit d'Ormuz restera un point de friction, la prime de risque intégrée au prix du baril a toutes les raisons de persister. Une désescalade ramènerait le Brent vers 75-85 dollars et la pompe vers des niveaux plus supportables, mais personne ne peut dater cette éventualité. Dans l'intervalle, l'inflation énergétique reste le fil rouge de cette fin d'année, et c'est bien à travers ce prisme qu'il faut lire l'essentiel des mouvements de marché actuels.
Une vidéo publique avec les implications boursières concrètes est en ligne sur Francebourse TV :
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Jean-David Haddad
Rédacteur en chef
Francebourse.com