Chères lectrices, chers lecteurs,
Depuis plusieurs mois, nous analysons ensemble la montée en puissance d’un même fil conducteur : celui de la souveraineté. Souveraineté militaire d’abord, avec le retour en force des budgets de défense. Souveraineté nucléaire ensuite, redevenue centrale à mesure que le monde se fragmente. Souveraineté énergétique, enfin, que la crise des années récentes a replacée au cœur des priorités politiques et industrielles européennes.
Un nouveau pan est désormais en train de s’ajouter à cet édifice : la souveraineté transactionnelle.
C’est un sujet longtemps resté sous le radar, parce qu’il touche à quelque chose de très quotidien, presque banal : payer. Or, ce qui paraît banal est souvent ce qui révèle le plus crûment les rapports de force réels. Aujourd’hui, une part écrasante des paiements par carte en Europe repose sur deux acteurs privés non européens : Visa et Mastercard. Ces réseaux sont efficaces, omniprésents, et parfaitement intégrés dans nos usages. Mais ils sont aussi, par nature, soumis au droit et aux choix politiques américains.
Concrètement, cela signifie une chose très simple : ces acteurs disposent du pouvoir technique de bloquer des banques, des réseaux ou des flux de paiement entiers. Ce pouvoir a déjà été exercé ailleurs dans le monde, dans des contextes de sanctions ou de tensions géopolitiques. L’Europe en a pleinement conscience. Tant que tout va bien, la dépendance reste invisible. Le jour où elle devient un problème, il est trop tard pour improviser une alternative.
C’est précisément dans ce contexte que s’inscrit le projet d’euro numérique. Il ne s’agit pas d’un gadget technologique, ni d’une réponse au bitcoin. C’est une réponse institutionnelle, lente, prudente, parfois maladroite, mais profondément politique. L’objectif n’est pas de bouleverser les usages du jour au lendemain, mais de recréer une capacité autonome, un socle de paiement qui ne puisse pas être désactivé depuis l’extérieur. Comme pour l’énergie ou la défense, on ne parle pas d’optimisation, mais de continuité.
Voir article du jour :
www.francebourse.com
Ce mouvement est encore balbutiant. Le narratif n’est pas installé, il n’est pas encore structuré, et c’est précisément pour cela qu’il est intéressant à observer dès maintenant. On a vu ces derniers jours que la simple évocation de cette thématique a suffi à provoquer des réactions boursières sur certaines valeurs financières, y compris bancaires. Cela ne signifie pas pour autant que les banques seront les grandes gagnantes de cette évolution. Elles ne seront pas pénalisées, bien sûr, mais elles resteront avant tout des intermédiaires. Les véritables enjeux se situent au niveau des infrastructures, de la sécurité, de l’intégration et des systèmes critiques.
À ce stade, nous ne sommes pas encore dans le temps des recommandations. Nous sommes dans le temps de la veille stratégique. Il s’agit d’identifier les acteurs susceptibles de voir leur rang social évoluer si ce narratif venait à se consolider. Autrement dit : une short list de valeurs à regarder, à surveiller, à comprendre. Voici 3 valeurs ci-dessous à observer, surveiller, comprendre pour peut-être préparer de futurs achats :
Si vous êtes abonné : identifiez-vous :