On présente généralement la baisse de l’euro comme une mauvaise nouvelle. Et pour le consommateur français, elle l’est souvent : les produits importés coûtent plus cher, les matières premières libellées en dollars sont renchéries et voyager aux États-Unis devient plus coûteux.
Mais une monnaie faible a aussi son autre visage. Et dans une économie française qui flirte depuis plusieurs trimestres avec la stagnation, cet autre visage pourrait avoir joué un rôle beaucoup plus important qu’on ne le pense.
Car la France ne traverse pas une récession franche. Elle évolue plutôt sur une ligne de crête. Après un recul du PIB au premier trimestre 2026, les comptes détaillés de l’Insee ont finalement fait apparaître une croissance nulle au deuxième trimestre. Pour le troisième trimestre, la Banque de France estime actuellement la progression du PIB autour de seulement +0,1 %. Autrement dit, la frontière entre croissance et récession se joue parfois à quelques dixièmes de point. Insee
Et c’est précisément là que l’euro faible devient intéressant.
Un dollar plus fort donne davantage de pouvoir d’achat aux Américains lorsqu’ils viennent en Europe. Or la France constitue naturellement l’une de leurs principales destinations.
Au deuxième trimestre 2026, les hôtels français ont enregistré environ 4 millions de nuitées américaines, soit une progression spectaculaire de 8 % sur un an. La clientèle américaine avait déjà progressé pendant l’hiver et demeure la première clientèle extra-européenne des hôtels français.
Ce phénomène ne doit évidemment pas être attribué entièrement au taux de change. Paris, le luxe, la gastronomie, le patrimoine français, les capacités aériennes et la vigueur des voyages internationaux jouent également leur rôle.
Mais le change compte.
Pour un Américain payé en dollars, un euro moins cher signifie mécaniquement que l’hôtel, le restaurant, le taxi, le musée ou l’achat réalisé à Paris lui coûtent relativement moins cher.
Et ces dollars dépensés en France viennent soutenir l’activité française.
Le tourisme représente en effet une activité considérable, avec des ramifications beaucoup plus larges que l’hôtellerie : restauration, transport, commerce, culture, luxe, loisirs ou encore immobilier touristique.
Dès lors, une question mérite d’être posée : dans une économie où la croissance se joue à +0,1 % ou 0,0 %, quelques milliards supplémentaires apportés par les touristes étrangers peuvent-ils faire la différence entre stagnation et récession ?
Il serait excessif de répondre catégoriquement oui.
Mais il serait tout aussi excessif d’ignorer l’effet.
D’autant que l’avantage d’un euro faible ne se limite pas au tourisme. Il améliore également la compétitivité-prix de certains exportateurs européens et augmente mécaniquement, une fois convertis en euros, les revenus réalisés en dollars par les groupes internationaux.
C’est tout le paradoxe actuel.
L’euro faible peut appauvrir relativement le Français qui achète à l’étranger, tout en soutenant l’économie française lorsque les étrangers viennent dépenser chez nous.
Et la question devient désormais double : l’euro peut-il rebondir après sa forte baisse de 2026 ? Et quelles seraient alors les conséquences pour notre économie, notre pouvoir d’achat et nos investissements ?
C’est ce que j’analyse dans ma nouvelle vidéo FranceBourse TV :
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Jean-David Haddad
Rédacteur en chef de Francebourse.com