Euro numérique : l’Europe se dote d’un outil de souveraineté face à Visa et Mastercard
Article du 10/02/2026
Les institutions européennes viennent de franchir une étape importante dans le projet d’euro numérique, une monnaie électronique de banque centrale qui vise à renforcer la souveraineté de l’Union européenne dans un domaine jusqu’ici dominé par des acteurs non-européens tels que Visa et Mastercard. Cette initiative, portée par la Banque centrale européenne (BCE) depuis plusieurs années, n’est plus un simple projet technologique : elle est en train de devenir un outil stratégique de souveraineté économique face à l’hégémonie américaine dans les systèmes de paiement.
Cette semaine, le Parlement européen a apporté son soutien de principe à l’euro numérique, validant la position du Conseil européen et réaffirmant l’intérêt d’une monnaie numérique utilisable en ligne comme hors ligne. Cette approbation est un signal fort, car elle montre une volonté politique de consolider une alternative européenne aux réseaux privés dominants, dont la forte implantation présente une dépendance jugée stratégique, voire vulnérable en cas de tensions internationales.
Le récit officiel souligne que l’euro numérique n’a pas vocation à remplacer les billets ni à donner accès aux données personnelles des utilisateurs, mais plutôt à offrir un moyen de paiement souverain, rapide et accessible, sans surcoût pour les citoyens. L’objectif est de réduire la fragmentation des moyens de paiement au sein du marché unique et de renforcer l’intégrité de l’économie européenne face aux systèmes dominés par des acteurs étrangers.
L’euro numérique répond à une double préoccupation : d’une part, la digitalisation croissante des transactions impose aux systèmes publics de disposer de technologies adaptées ; d’autre part, la dépendance actuelle à des fournisseurs non-européens dans un domaine aussi essentiel que les paiements est perçue comme un risque géopolitique réel, notamment si les relations transatlantiques se dégradent. Dans un tel scénario, la capacité des géants américains à interrompre ou conditionner l’accès à leurs infrastructures pourrait devenir un levier de pression économique.
Sur le plan opérationnel, la Banque centrale européenne vise à lancer une phase pilote d’ici 2027, avec une émission potentielle d’euros numériques à grande échelle en 2029, sous réserve de l’adoption d’un cadre législatif européen. La question reste ouverte quant à la façon dont les banques commerciales et les prestataires de services de paiement coexisteront avec ce nouvel instrument, certaines voix exprimant des inquiétudes quant à l’impact sur les dépôts bancaires ou la concurrence dans le secteur.
Ce tournant dans la politique monétaire et numérique de l’Union européenne illustre que la souveraineté économique ne se limite plus aux frontières physiques ou aux arsenaux industriels : elle s’étend désormais aux infrastructures numériques et monétaires. Dans un monde où les technologies de paiement deviennent aussi stratégiques que l’énergie ou la défense, l’euro numérique apparaît comme l’un des piliers potentiels de l’autonomie européenne pour les décennies à venir.